Un logement rendu abîmé n'est pas une fatalité financière pour le bailleur, à condition d'actionner ses recours dans le bon ordre. Dépôt de garantie, responsabilité du locataire, GLI, PNO : chacun a sa place. Mode d'emploi.
Récupérer un logement abîmé après le départ d'un locataire est une épreuve fréquente pour les bailleurs. La bonne question n'est pas seulement « qui paie ? » mais « dans quel ordre actionner mes recours ? ». Entre le dépôt de garantie, la responsabilité du locataire, la garantie loyers impayés et l'assurance PNO, chaque dispositif a un rôle précis et une place dans la chaîne. Voici la marche à suivre, étape par étape.
02 L'état des lieux, socle de tout recours
Avant toute question d'assurance, une réalité juridique s'impose : sans preuve, pas de recours. Cette preuve, c'est la comparaison entre l'état des lieux d'entrée et l'état des lieux de sortie.
Le principe de l'article 1731 du Code civil
À défaut d'état des lieux de sortie contradictoire, le locataire est présumé avoir reçu et rendu le logement en bon état. Autrement dit, si vous n'avez pas fait d'état des lieux de sortie, ou s'il n'a pas été signé par les deux parties, vous ne pourrez quasiment rien réclamer. C'est la pièce maîtresse du dossier.
Distinguer vétusté et dégradation
Toutes les traces d'usage ne sont pas imputables au locataire. La loi distingue :
- La vétusté : usure normale liée au temps et à un usage conforme (peinture qui jaunit, joints qui s'usent, moquette élimée après plusieurs années). Elle reste à la charge du bailleur.
- La dégradation : dommage résultant d'un défaut d'entretien ou d'un usage anormal (trou dans une cloison, brûlure sur un plan de travail, sanitaire cassé, mur repeint sans autorisation). Elle est imputable au locataire.
Pour trancher les cas limites, annexez une grille de vétusté au bail. Elle fixe une durée de vie et un abattement pour chaque élément, ce qui évite les litiges au moment du décompte.
Documenter avec méthode
Photos datées, description précise pièce par pièce, présence des deux parties : un état des lieux bien fait est votre meilleure assurance. En cas de dégradations importantes qui relèvent aussi d'un sinistre (dégât des eaux mal traité par exemple), l'articulation avec la PNO est détaillée dans notre guide dégât des eaux causé par le locataire : qui rembourse quoi.
03 Étape 1 : le dépôt de garantie
Le dépôt de garantie est le premier rempart. Versé par le locataire à la signature du bail, il sert précisément à couvrir les manquements constatés au départ : loyers ou charges restant dus, et réparations locatives.
Les plafonds légaux
- Location nue : 1 mois de loyer hors charges maximum.
- Location meublée : 2 mois de loyer hors charges maximum.
Les retenues autorisées
Vous pouvez retenir tout ou partie du dépôt, à condition de justifier chaque retenue par un devis ou une facture. Une retenue forfaitaire « au jugé » est contestable : le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation ou le juge pour obtenir la restitution.
Les délais de restitution
- 1 mois après remise des clés si l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée.
- 2 mois en cas de retenues justifiées.
Passé ce délai, le dépôt non restitué est majoré d'une pénalité de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard entamé. En copropriété, le bailleur peut conserver jusqu'à 20 % du dépôt jusqu'à l'arrêté annuel des comptes de charges, puis solder ensuite.
04 Étape 2 : le recours contre le locataire
Quand le montant des dégradations dépasse le dépôt de garantie, le dépôt ne suffit plus. Il faut alors se retourner directement contre le locataire pour le solde.
La mise en demeure
Première étape formelle : adresser au locataire une lettre recommandée avec accusé de réception chiffrant le solde restant dû, appuyée sur les devis et l'état des lieux de sortie. Accordez un délai raisonnable (15 jours) pour régler à l'amiable. Beaucoup de dossiers se résolvent à ce stade.
La conciliation
En cas de désaccord, la commission départementale de conciliation (CDC) peut être saisie gratuitement. Elle rend un avis dans un délai de deux mois. Ce passage est souvent un préalable utile avant le juge.
Le recours judiciaire
Si l'amiable échoue, le juge des contentieux de la protection est compétent pour les litiges locatifs. Il peut condamner le locataire à payer le solde des réparations. Munissez-vous de l'état des lieux comparé, des devis et factures, et de la preuve de la mise en demeure. Une protection juridique (souvent incluse dans une GLI) prend en charge ces démarches.
05 Étape 3 : GLI, Visale et PNO
Les assurances interviennent en complément, jamais en premier. Encore faut-il savoir laquelle couvre réellement les dégradations.
La garantie loyers impayés (GLI)
Certaines GLI incluent un volet « dégradations locatives » qui indemnise le bailleur au-delà du dépôt de garantie, dans la limite d'un plafond (souvent 2 à 10 mois de loyer selon les contrats). Vérifiez impérativement cette clause : toutes les GLI ne couvrent pas les dégradations, et un délai de carence peut s'appliquer.
La caution Visale
La caution Visale d'Action Logement couvre les dégradations locatives à hauteur de 2 mois de loyer et charges, en complément du dépôt de garantie, pour les locataires éligibles. C'est une sécurité gratuite non négligeable.
La PNO
L'assurance propriétaire non occupant vise avant tout les dommages accidentels au bâti et votre responsabilité. Les dégradations d'usage laissées par le locataire ne relèvent pas de son cœur de garantie. Toutefois, certains contrats proposent une extension « dommages immobiliers causés par le locataire » : c'est une option, pas une garantie automatique. Consultez le détail des garanties PNO et vos conditions particulières.
L'ordre gagnant
Dépôt de garantie → mise en demeure du locataire → GLI (volet dégradations) ou Visale → PNO uniquement si une extension le prévoit. Chaque maillon a sa place ; sauter une étape complique l'indemnisation.
Pour vous assurer que votre contrat PNO couvre bien les extensions utiles à votre situation, comparez plusieurs offres via notre comparateur en ligne.


